Réchauffement des océans, transition dans le logement, modèles climatiques du GIEC… Notre affaire à tous à l’écoute des experts !

Le samedi 18 mars dernier, Notre affaire à tous a reçu quatre experts en vue d’alimenter notre dossier sur la lutte contre le dérèglement climatique. La première d’une session d’auditions visant à accroître notre connaissance des faits climatiques et à avancer vers le dépôt de notre recours ! Avec Emmaüs France, Bloom, Negawatt et un climatologue du GIEC. Retrouvez ici les vidéos des auditions – si elles sont incomplètes, c’est que le reste arrive bientôt !

 

Tour d’horizon de la contribution du bâtiment au dérèglement climatique – Frédéric Amiel, Emmaüs France

Nous comptons en France 7,5 millions de passoires thermiques, posant ainsi à la fois la problématique sociale et la question environnementale. Les choix étatiques effectués de développement de l’électrique notamment eurent un impact profond et réel sur les émissions du secteur du bâtiment en France, aussi bien que du droit à l’emploi. La question du logement est ainsi à la croisée des chemins de la justice sociale et environnementale, et engage la responsabilité de l’Etat, actionnaire à 85% d’EDF, ainsi que de l’Union européenne notamment quant aux processus et législation afin de développer la construction durable, la rénovation thermique et les partenariats à mettre en place en ce sens. Il est notamment observé que le privé n’investit guère dans la rénovation, et qu’un investissement public accru est nécessaire. L’organisation renovons.org ainsi que la Fondation Abbé Pierre ont fait un travail particulièrement ambitieux pour chiffrer cette contribution du logement au dérèglement climatique.

Mais ce n’est pas tout : Emmaüs France, nous indique Frédéric Amiel, s’intéresse également à la question de l’économie circulaire, du réemploi et du recyclage. Ainsi, le textile n’est que peu valorisé en France, alors même que des technologies permettent de valoriser les vieux tissus en laine d’isolation. La filière des déchets électroniques n’est que peu structurée, tandis que la lutte contre l’obsolescence programmée fait encore le cas de peu de contraintes législatives et réglementaires. Les meubles sont trop souvent considérés comme des déchets, alors même que la France pourrait déployer une politique plus ambitieuse en la matière, et ainsi protéger les ressources et notamment les forêts qui contribuent à la lutte contre le dérèglement climatique. Le Club de Rome a notamment publié un rapport montrant qu’une politique ambitieuse d’économie circulaire serait à même de réduire de 60% les émissions de gaz à effet de serre en Suède. Et en France ?

Tour d’horizon des rapports océans et climat – Frédéric Le Manach, Bloom

Le petit guide pour éviter de dire de grosses bêtises de l’association Bloom le montre : l’océan est le régulateur du climat de la planète : 98% de la biosphère, 97% de l’eau, produit 50% de l’oxygène de que l’on respire et absorbe 50% du CO2. Parmi les victoires de la COP21, l’inclusion de l’océan.

Depuis 1900, le niveau de l’océan a grimpé de plus de 20 cm et va encore s’élever de 80 cm d’ici 2100 impactant ainsi les îles du Pacifique, les Pays-Bas, l’intensité des tempêtes, engendrant également des migrations importantes.

Le dérèglement climatique impacte aussi les courants marins : l’océan est le tampon du climat de la terre car absorbe la chaleur et la rejette (gulfstream). En traversant l’Atlantique le courant va relâcher l’excès de chaleur. Le réchauffement climatique va influencer les précipitations, changer la salinité de l’eau, changer la température de l’eau, les précipitations… Le dérèglement climatique impacte aussi les coraux, zone de reproduction des poissons. Alors que nous observons la mort des coraux dans la grande barrière de corail par le phénomène de blanchissement (90% de la grande barrière de corail est touchée), et que l’océan s’acidifie en absorbant le CO2 au contact de l’air, nous ne sommes aujourd’hui en mesure de calculer avec précision les impacts réels que ces modifications climatiques et biosphériques auront sur nos réalités quotidiennes mais les communautés du Pacifique seront assurément touchées.

En France, 2 zones majeures risquent de subir les effets de l’augmentation du niveau de l’océan : la Camargue, la Gironde, (développement de constructions sur le littoral). Il y a eu un développement des constructions sur des marécages sans penser à la montée des eaux. D’autres impacts se feront sentir dans les DOM TOM, qui contiennent des récifs coralliens, notamment dans les Caraïbes. On voit déjà les migrations de poissons tropicaux qu’on ne voyait pas il y a 20 ans, idem en Bretagne.

Les poissons jouent également un très grand rôle sur le climat : certains poissons des bas fonds de l’océan absorbent et stockent le carbone. Ils remontent à la surface pour se nourrir en période nocturne et absorbent le carbone. Or, ces poissons migrent : on estime à 40 % de pertes de poissons dans les zones tropicales migrant vers l’Europe. Alors qu’ils contribuent à la lutte contre le dérèglement climatique, les poissons sont donc également les sujets d’une grande injustice environnementale, puisqu’ils disparaîtront des pays ayant le moins contribué au dérèglement pour aller vers les pays les plus fortement émetteurs.

Il faut suivre les objectifs de développement durable fixés par l’ONU en 2015. Objectifs 14, qui touchent à l’océan montre qu’il y a plein de mesures détaillées sur les méthodes de pêche destructrices. La France ne respecte pas ces objectifs, et de nouvelles techniques de pêche (électrique, senne danoise…) se développent dans les pays frontaliers avec un fort lobbying sur la Commission européenne. Faiblement émettrices de CO2, ces techniques apparaissent ainsi avec un regard de court-terme plus vertueuse que la pêche traditionnelle. Cette dernière, en protégeant océans et poissons, soutiennent pourtant beaucoup plus et sur le long terme la lutte contre le dérèglement climatique.

Un tour d’horizon climatique, avec Hervé Le Treut, climatologue du GIEC, et Benoit Lebot, de Negawatt

Pour ces deux experts du climat, la transition énergétique et écologique n’est plus une option.

Au cœur du Sahara, on trouve des images gravées sur la pierre, nous rappelant qu’il y a 6000 ans, le Sahara était vert. « Nous sommes la première génération à savoir, nous sommes la dernière génération à pouvoir » . Or, plus nous tardons à engager la transition, plus dure elle sera.

Notre objectif doit être de décarboner la France en 35 ans, en s’appuyant sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, en divisant par deux les émissions actuelles et en réduisant de manière substantielle la concentration de CO2 dans l’atmosphère (la limite à ne pas dépasser était estimée à 350ppm, nous en sommes aujourd’hui à plus de 400). Le scénario négawatt 2017-2050 détaille les mesures à engager en ce sens, assurant également la sortie du nucléaire et alertant sur l’accompagnement nécessaire pour la transition des emplois concernés.

Historiquement, la connaissance du dérèglement climatique est en effet très récente : les premières mesures du réchauffement climatique apparaissent en 1957, et un premier programme de recherche est lancé en 1980. Le GIEC apparaît en 1988, en amont du Sommet de la Terre de Rio qui n’arrête rien, puisque les émissions explosent dans les années 90s avec le développement des pays du Sud.

Des modèles climatiques sont alors mis en place par plusieurs groupes de chercheurs, dont les résultats divergent. Ces modèles restent encore aujourd’hui le seul outil véritable pour analyse le dérèglement climatique, et sont donc sujets à controverse, même si les nouvelles technologies et les satellites nous permettront dans les années à venir de disposer de calculs beaucoup plus fins des évolutions climatiques partout dans le monde.

Il est par ailleurs essentiel de tenir compte de l’effet temporel des émissions de gaz à effet de serre : ils restent longtemps dans l’atmosphère. Ce que nous faisons aujourd’hui impacte ainsi le futur, tout comme nous sommes profondément impactés par les émissions des décennies passées.

En termes de contraintes, il est difficile d’ancrer la responsabilité des Etats dans ces modèles climatiques. C’est pourquoi les COP pour le climat ont fixé des trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre comme éléments contraignants de lutte contre le dérèglement climatique. Le relais médiatique de ces scénarii scientifiques ont également leurs méfaits : alors que plusieurs recherches montraient qu’en poursuivant la trajectoire actuelle, nous atteindrions +6°C, un chiffre inférieur a finalement été retenu par la presse. Avec une raison majeure : celle de l’acceptation sociale, car le meilleur scénario de baisse des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que celui promu par Hansen pour limiter le réchauffement à 1°C, aura d’énormes impacts sur nos vies, notre consommation et les emplois qui en sont issus.

Quelques objectifs et actions :

D’abord, décarboner complètement nos économies d’ici la fin du siècle. C’est faisable, et cela permettrait de créer de l’emploi partout.

Mais également, garder en tête que, contrairement aux choix court-termistes actuels, s’en prendre d’abord au plus dur et ensuite au plus simple est une véritable nécessité.

Enfin, s’appuyer sur les nombreuses analyses prouvant que le coût de l’action est bien moins élevé que le coût de l’inaction !

Retrouvez ici les comptes-rendus complets des auditions menées et les présentations des intervenants. Les vidéos seront bientôt disponibles.