Trois associations mettent en demeure le Groupe SEB de modifier son plan de vigilance et de planifier l’arrêt de l’utilisation des PFAS dans ses activités, dernière étape avant de saisir le tribunal 

Communiqué de presse, Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth, le 09 octobre 2026 – ​Ce jeudi 08 octobre, les associations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont envoyé un courrier au Groupe français SEB, le mettant en demeure d’identifier les risques liés à l’utilisation de substances PFAS dans ses productions et de planifier un arrêt de ces utilisations ainsi que la reconversion des emplois qui seraient impactés. 

Ces demandes correspondent au respect des cadres légaux français (1), européen et international sur la vigilance des entreprises, selon lesquels les entreprises doivent identifier les risques pour l’environnement, les droits humains et la santé liés à leurs activités, sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, et mettre en œuvre des mesures à même de prévenir et d’atténuer ces risques.

En l’occurrence, le Groupe SEB regroupe différentes activités – notamment de fabrication d’ustensiles de cuisine de la marque Tefal, de fers à repasser de la marque Calor, d’appareils domestiques de la marque Rowenta, ou encore de petit électroménager de la marque Moulinex. Certaines d’entre elles, en particulier la fabrication d’ustensiles de cuisine, reposent encore sur l’incorporation de substances PFAS aux produits commercialisés ensuite par le groupe, quand bien même des alternatives existent, commercialisées d’ailleurs par le groupe lui-même. SEB utilise en particulier un PFAS appelé le “PTFE” : bien que présenté comme sans risque par l’industrie, ce fluoropolymère (c’est-à-dire, une grosse molécule constituée par l’assemblage de petites molécules identiques, appelées monomères, reliées les unes aux autres), a pu générer l’émission d’autres substances PFAS et non PFAS problématiques lors des différentes phases de son cycle de vie, notamment sur les territoires riverains des usines de production et d’utilisation.

Or, dans son plan de vigilance – devant regrouper la cartographie complète des risques pour l’environnement, la santé et les droits humains liés aux activités du Groupe -, SEB n’identifie les PFAS que comme des « polluants émergents » en 2025 et 2026, après avoir été classées comme « substances impopulaires » dans les plans précédents de 2023 et 2024. Ces mentions, ainsi que les mesures censées prévenir ou atténuer les risques liés aux PFAS, restent donc bien en deçà de ce qu’exige le niveau de risque réel.

En effet, une exposition chronique à certains PFAS est associée à un spectre croissant d’impacts sanitaires graves, notamment liés à des risques cardiovasculaires, des perturbations endocriniennes et à des cancers, dont elle peut participer au déclenchement ou à l’aggravation. Le gouvernement français résumait lui-même en avril 2026 les effets sanitaires suivants : 

> Effets avec un niveau de preuve jugé suffisant pour certains PFAS : diminution de la réponse biologique immunitaire à certains vaccins, dyslipidémie (c’est-à-dire augmentation du taux de cholestérol), diminution du poids de naissance, certains cancers (dont carcinome cellulaire rénal, cancer du testicule).

> Effets suspectés (preuves limitées à ce stade) : cancer du sein, atteintes hépatiques, hypertension gravidique / prééclampsie, pathologies thyroïdiennes, rectocolite hémorragique, troubles neurodéveloppementaux (troubles cognitifs, troubles du spectre autistiques, trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou hormonaux (en particulier dysthyroïdie, puberté précoce, infertilité…), atteinte de la fonction rénale, troubles du développement neurologique, d’autres cancers…

Ainsi, les associations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth donnent trois mois au Groupe SEB pour publier une stratégie planifiant une identification exhaustive des risques liés à l’utilisation de PTFE et de tout autre PFAS dans ses activités, et celles de l’ensemble de sa chaîne de valeur, et dans celles de ses fournisseurs, mais aussi planifiant l’arrêt de l’utilisation de ces substances et la reconversion des emplois qui seraient impactés. Les réglementations de cette famille de polluants entrent en vigueur et vont se renforcer dans les années à venir. 

L’association Notre Affaire à Tous précise : “Nous demandons une transition juste pour l’industrie PFAS. Refuser de planifier et d’anticiper la sortie industrielle des PFAS, c’est accepter de mettre en danger les emplois qui seront impactés par une entrée en vigueur des réglementations protectrices à venir”.

“Nous souhaitons aujourd’hui que les industriels via le cas de SEB prennent toute leur part dans l’anticipation des risques chimiques et de l’évolution des réglementations. Cette anticipation est cruciale pour protéger la santé des personnes mais aussi pour maintenir à long terme les emplois sur nos territoires.“ déclare Générations Futures. 

À défaut de cette mise à jour du plan de vigilance de SEB, les associations se réservent la possibilité d’assigner le Groupe devant le Tribunal judiciaire de Paris.

Autour de sites du Groupe, des demandes locales similaires sont également portées. À Rumilly autour du site Tefal, un collectif associatif composé de AERA, Cyclamen et FNE Haute-Savoie cible ainsi la Préfecture pour qu’elle enjoigne notamment à Tefal de faire cesser ses rejets atmosphériques et la réalisation d’une étude technico-économique visant à la substitution de tout PFAS dans le procédé industriel de l’usine locale.

Sources potentielles d’émissions liées à une utilisation de PFAS polymères tout au long de leur cycle de vie : 

– Les entreprises utilisatrices de PFAS se fournissent auprès d’entreprises de l’industrie chimique pour obtenir les composés PFAS qui seront ensuite incorporés dans les produits de consommation commercialisés. Ces fournisseurs ont pu être à l’origine de rejets massifs de PFAS et d’autres substances problématiques dans l’environnement autour de leurs sites de production (2).

– Au moment de la fabrication des produits, en particulier lors de la réalisation du revêtement de PFAS polymériques par l’entreprise utilisatrice, les dispersions de fluoropolymères peuvent conduire à des émissions de PFAS non polymériques, plus petits et plus toxiques, et d’autres substances pouvant engendrer une exposition des travailleur·ses, de l’environnement et des riverain·es. 

– Lors de l’utilisation des ustensiles ayant un revêtement antiadhésif à base de PFAS (même si ces émissions sont moins importantes par rapport aux autres), les PFAS polymériques, tout comme les additifs PFAS non polymériques, peuvent être libérés sous différentes formes (microparticules, migration dans l’alimentation…). 

– Au moment de la fin de vie de ces produits commercialisés par l’entreprise utilisatrice, ces produits contenant des PFAS peuvent être incinérés – le plus souvent à une température qui ne permet pas l’élimination des molécules PFAS -, engendrant ici encore une potentielle pollution aux PFAS.

Notes

(1) En particulier, la loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre.

(2) Lohmann and al., 2020https://doi.org/10.1021/acs.est.0c03244
Gebbink et al., 2020 http://doi.org/10.1016/j.envint.2020.105583 
Brandsma et al., 2019 https://doi.org/10.1016/j.chemosphere.2018.12.135 

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Pour toute demande presse, contactez Marine Coynel : marine.coynel@notreaffaireatous.org

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