Eau potable en Guadeloupe : une instruction enfin ouverte à Paris

Communiqué de presse, Pointe-à-Pitre et Paris, le 24 septembre 2026 – Le recours citoyen dit de la Goutte d’eau franchit un cap : la justice confie le dossier à une juridiction spécialisée dans les affaires de santé et d’environnement pour mener une véritable instruction.

Cette décision marque une avancée majeure pour les habitantes et habitants de Guadeloupe mobilisés depuis plus de trois ans pour obtenir la vérité sur l’accès à l’eau potable et sur sa qualité.

Cette démarche vise à faire la lumière tant sur les coupures d’eau que sur les pollutions persistantes, notamment au chlordécone, qui affectent l’ensemble du territoire. Aujourd’hui, plus de 230 plaignant·es ont rejoint cette action, aux côtés de Kimbé Rèd FWI (French West Indies), la LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humains) et Notre Affaire à Tous (NAAT). Toute personne concernée par la crise de l’eau en Guadeloupe peut désormais se constituer partie civile pour faire reconnaître sa qualité de victime, demander réparation et indemnisation de ses préjudices et participer à la recherche de la vérité et des responsabilités.

« Alors que des plaintes similaires se multiplient en Guadeloupe, nous appelons chaque habitant et chaque habitante à nous rejoindre pour renforcer cette action commune : ansanm nou pli fò, ensemble nous sommes plus fort·es. », Mme Sabrina Cajoly, Fondatrice de Kimbé Rèd FWI et plaignante.

« Le transfert du dossier au pôle de santé publique près du tribunal judiciaire de Paris va permettre de mobiliser les moyens d’investigation nécessaires et à la hauteur des enjeux de ce dossier pénal. Ce sont des dizaines de milliers de Guadeloupéen·nes qui sont victimes au quotidien des faits dénoncés et qui doivent faire face à des risques de santé publique d’une gravité extrême. Les plaignant.es ont une confiance totale dans les magistrats instructeurs et les services d’enquête saisis et espèrent que des investigations d’ampleur démarreront aussitôt. Au vu de l’ancienneté des faits et de leur gravité, il est incontestable que l’État et les collectivités n’ont pas pris la mesure de la situation sanitaire catastrophique et de son impact au quotidien sur l’ensemble des habitants du territoire guadeloupéen », déclare Me Emmanuel Daoud, Avocat du collectif.

« Ces défaillances structurelles – qui affectent les foyers, les écoles et les hôpitaux – s’inscrivent dans la continuité d’une crise environnementale plus large relative au chlordécone. Cette situation alarmante a d’ailleurs été dénoncée à plusieurs reprises par les rapporteurs spéciaux des Nations unies, qui ont interpellé la France en 2021 puis en mars 2024 sur les atteintes graves au droit à l’eau potable et à la santé », déclare Me Nathalie Tehio, Présidente de la LDH.

« Il est plus que temps que la justice entende les plaintes des Guadeloupéen·nes, dont les droits fondamentaux sont bafoués depuis plus de trente ans. Nous nous tenons à côté des victimes pour que les responsabilités soient établies, les préjudices réparés, et que ces violations cessent définitivement. », M. Jérémie Suissa, Délégué Général de NAAT.

Depuis 2021, plus de 70 experts des Nations Unies ont alerté une dizaine de fois la France sur les atteintes graves au droit à l’eau potable en Guadeloupe, appelant à des mesures d’urgence, à la justice et à des réparations pour les victimes. En novembre 2023, l’expert de l’ONU sur le droit humain à l’eau potable, M. Pedro Arrojo Agudo, s’est même rendu sur place — une visite inédite qui a souligné la gravité de la situation reflétée dans une nouvelle interpellation onusienne en 2024.

Depuis ces interventions et l’introduction du recours citoyen, les autorités ont reconnu en 2023, 2024 2025 et 2026 de nombreuses instances de non potabilité de l’eau ainsi que des dépassements de chlordécone dans plusieurs communes de Guadeloupe, entraînant des interdictions de consommation et des coupures d’eau prolongées, pouvant durer jusqu’à neuf mois consécutifs.

Contact presse

Pour toute demande presse, contactez Marine Coynel : marine.coynel@notreaffaireatous.org

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